Etrange cas que celui du citoyen. Vous. Moi. Chaque jour, nous cherchons comment obtenir plus avec moins. Plus de congés et moins de travail. Plus de salaire et moins d'heure. Plus de produits en payant moins. Plus de service en ne payant rien. Cette liste peut sembler normale, voire totalement légitime. Mais elle a une tendance à révéler une double personnalité. En effet, le même citoyen souhaite payer moins cher son caddie de courses. Or, il sait bien pourtant que pour acheter moins cher, il faudra tout au long de la chaine, payer moins cher. Payer moins le producteur; payer moins le transporteur; payer moins de personnel; payer moins le personnel. Donc lui-même. De même, avec l'avènement d'Internet, le citoyen s'est épris de films, musique, vidéo, services, produits qui lui arrive quasi instantanément. Et souvent gratuitement. Quand, à force d'user et abuser de ce système, plus aucun producteur ne souhaitera financer un film, le même citoyen qui pirate s'étonnera de ne plus disposer de nouveautés à regarder. Quand à force d'user et d'abuser des e-commerce, si pratiques, si moins chers, il aura d'une part un compte bancaire dans le rouge, car cet hypermarché mondial est dévoreur d'argent, mais qu'aussi ses enfants, ses voisins, lui-même, se retrouveront au chômage car, comme tous les autres, lui, le client, il aura acheté moins cher mais... en Chine en sacrifiant tout un pan de l'économie de sa propre région mondiale. Il s'étonnera, le Citoyen, que plus aucun membre de sa famille ne trouve d'emploi. Quand il ira manifester, légitimement, pour s'insurger contre la fermeture et le reclassement de son usine de textile, après avoir râlé contre l'obsolescence programmée, tout en sachant que les potentiels clients n'ont pas plus que lui l'intention d'acheter deux, trois ou quatre aspirateurs juste pour faire tourner son usine, il faudra tout de même qu'il torde son cerveau pour ne pas se mettre tout seul des claques. Quand il affutera ses slogans, pour défendre des acquis sociaux obtenus de haute lutte, par nos aïeux ouvriers, nos gueules noires, qui s'enfumaient les poumons dans le charbon et le tumulte de leurs locomotives, il oubliera que son fauteuil de conducteur de TGV est plus confortable que celui-là même qu'il vient d'acheter pour son salon et qu'il pourra y poser ses fesses retraitées à 52 ans. De même, il houspillera ses jeunes qui ne se battent pour rien et ne veulent que de la Marque, en déposant religieusement au pied du sapin le dernier iPhone pour sa fille et les dernières Nike pour son fils. Et puis il partira en vacances, le citoyen. En low cost. A Punta Cana ou à Djerba, en club. Heureux. Les doigts de pieds en éventail, il sirotera son cocktail, se baffrant au maximum au buffet sans même jeter un regard à l'employé, là, qui voit disparaitre dans le prix de ce mojito l'équivalent du prix de son salaire. Et en rentrant, montrant les photos de famille sur la plage, montrant la bonne mine au grand air pur, videra la valise des Lacoste, Hermès et autres achetés au souk, il essuiera une larme en se disant qu'il n'a pas de chance, vraiment pas de chance, avec ce travail à la con, si mal payé, qu'il risque de perdre pace que l'usine de textile va fermer et que la vie va être dure son smartphone, l'écran plat géant. Alors il ira dans son diesel à l'hyper lowcost en dehors de la ville acheter des fraises néozélandaises de Noël pour noyer écologiquement son chagrin.