L'information overload, joliement baptisée par les Québecois Infobésité, est essentiellement due aux mails. Qu'ils proviennent de l'extérieur ou de l'intérieur de l'entreprise, ils arrivent en masse. Car même en interne, les collaborateurs ne se parlent plus. Ou s'ils le font, ils utilisent le mail "parapluie" pour conserver une trace. Se mettre à l'abri. Et les pire, sont ceux qui inondent de mail, pour que chacun, et surtout la direction, les voit à l'action. Ils sont les selfies du mail : tout ce qu'ils font, ils le publient ! Pour le destinataire, chaque jour, l'ouverture ou la consultation de sa boite, peut donner des sueurs froides. A midi il a cru avoir tout traité, mais il en arrive encore et encore. Comment intégrer toutes ces nouvelles infos ? Quelles sont leurs valeurs ? Comment les hiérarchiser ? Le malheur est qu'il est difficile de faire le tri. Hormis une priorité donnée à ceux émanants de contacts déjà listé et flaggués comme importants, les autres doivent aussi être ouvert. Surtout dans des société ou il existe déjà une pré-barrière anti-spam ou une demande de reconnaissance préalable pour transmettre un mail. Malgré l'ensemble de ces murs, la boite enfle à vu d'oeil... Désormais, l'infobésité se définit comme "la pathologie de la surcharge informationnelle", explique Caroline Sauvajol-Rialland, maître de conférence à l'Université Catholique de Louvain et à Sciences Po Paris. Nous sommes passé du miracle de la libre circulation des info à la pathologie. Moins drôle !

En communication, depuis les tous débuts, il y a une relation entre émetteur et récepteur. Le problème dans ce cas c'est que les émetteurs sont devenus des dizaines, centaines, milliers. Et que le récepteur continue d'être seul. D'ou l'impression de ne pas en faire assez au lieu de dire STOP ! Et cette impression va jusqu'à oublier le temps. Il faut lire, savoir, connaître. Alors le cadre prend sur le temps de travail. Mais il lui faut aussi du temps pour son travail productif. Alors la lecture des mails aura lieu le soir, au domicile. Durant le déjeuner. Et pendant le week-end. Avec la même insidiosité que le téléphone mobile, le mail pervers ronge sournoisement tout temps libre. Disponible de partout, accessible sur le PC, sur le smartphone, sur la tablette, il peut être traité de n'importe. Même de chez soi. Car le cadre récepteur reste sous pression, sous stress permanent. Et auto-alimente son bourreau en répondant, en posant à son tour des questions, qui généreront autant de réponses, dissemblables, qu'il faudra encore lire et trier... La souffrance et le stress de ces cadres ont été étudié scientifiquement par les chercheurs du CNRS et une étude réalisée en 2012 pour la CFE-CGC indiquait déjà que 80 % des personnes interrogées estimaient que les outils informatiques augmentaient les informations à traiter et imposaient des temps de réponses de plus en plus courts.

Ce qui ajoute au stress, puisqu'en plus d'avoir de plus en plus d'informations à traiter, le cadre doit réagir en urgence. Autant une bonne décision prise trop tard est de fait une mauvaise décision, autant les cadres n'ont plus le temps, au sens propre du terme, de réfléchir pour prendre leur décision. Si on ajoute à cela que cette foule d'informations a tendance à rendre peureux... Oui, peureux. Car au milieu de tous ces mails, a-t-on lu l'essentiel ? N'a-t-on pas loupé quelque chose ? Avant de prendre la décision. Ce qui caractérisait les postes de cadre, des décisionnaires, c'était justement leur aptitude à certes estimer les risques, mais à en prendre tout de même. Toute décision est une prise de risque. Mais aujourd'hui, dans cette mêlée, chacun craint, tergiverse, hésite, s'abrite...

Certaines entreprises ont compris le problème. Tant d'un point de vue financier que pour la productivité de leurs cadres et salariés. Ainsi, EDF, Casino et la Société Générale ont souhaité remettre au goût du jour les face to face. Canon France (Merci Henri pour l'info ) a même engagé ses collaborateurs à passer une journée par trimestre sans mail.

Pour Dominique Wolton, (dont les livres demeurent des bibles pour les communicants !) directeur de l'Institut des sciences de la communication du CNRS, "l'information accessible est devenue une tyrannie: il y en a trop, accessible trop rapidement. "On a l'impression maintenant que toutes les décisions doivent être prises dans le quart d'heure. Dans les entreprises comme en politique on est toujours au bord du gouffre atomique. Il y a une espèce de dramatisation de l'urgence, qui est extrêmement dangereuse", conclut le spécialiste des médias.

Alors quel virage prendre ?

D'abord, quel risque prend-on si on ne regarde pas attentivement cette masse d'info ? Il faudrait déjà supposer à priori que toutes les informations délivrées soient pertinentes... Je vous laisse juger selon les mails que vous recevez et leurs évidentes redondances parfois. Comme nous sommes dans une société où tout est devenu jetable, il est peut être temps de jeter le cercle vicieux pour entrer dans le cercle vertueux du slow.. Comme il serait peut-être bon de cesser les informations télégraphiques qui n'engendrent que questions supplémentaires et de ne diffuser non pas 100 mails laconiques mais un seul, documenté, complet.. Donc, plutôt que de croire qu'en s'abonnant partout, qu'en ayant 200 mails par jours, on se mettait dans ce domaine aussi à privilégier la qualité à la quantité ? Plutôt que de lire les retweets, sélectionner les sources ? On évite 518 retweets et surtout la déformation pour ne prendre que l'information réelle. Dans le tuyau, les info passent d'un gros chat à un tigre sauvage qui met la Seine et Marne en émoi...

Une initiative remarquable, mais sans doute peu remarquée, est Ijsberg qui innove en proposant ses actualités selon... le temps qu'on peut accorder à la lecture ! Short, medium ou long, il y en a pour tous ! Et gratuit ! Vous les trouverez ici ijsbergpress. Ils ont d'ailleurs remporté le prix de l'innovation en Journalisme 2014 organisé par Google et Sciences Po.

Alors si pour les mails, nous faisons la même chose. Un résumé, une note plus longue et éventuellement un mémoire ou une vidéo ou des slides. Chacun verra que vous avez travaillé, promis ! Mais si vos destinataires ne sont pas tous concernés au même degré, entre l'objet de votre mail et/ou votre résumé, il devraient pouvoir lire... ou pas !

Alors moins de messages et plus de communication, optimiser sa boite mail et ne plus devenir dépendant en ne l'ouvrant que toutes les 2 ou 3 heures et sans pop up qui vous prévient qu'un nouveau mail est arrivé ! Vous gagnerez en concentration, en mal de tête, en stress, burn out, productivité. Vous aurez plus de temps à vous le week-end pour vous ressourcer (et c'est in-dis-pen-sable !!!). Et selon le rapport de Osterman Research Email Users d'avril 2013, vous gagnerez 149 minutes par jour, soit... plusieurs années de travail à la fin de votre carrière.